UNC section Montoise

Décembre 1805

Les Ombres du Soleil d’Austerlitz

« Ah ! Si moi joindre Prince Constantin, moi couper tête et moi porter à l’Empereur ! »

Quiconque s’est déjà intéressé à l’Empereur Napoléon connaît, du moins du nom, la bataille d’Austerlitz. Triomphe absolu du ‘’génie’’ stratégique de Napoléon Ier, elle est, aujourd’hui encore, toujours enseignée comme modèle dans les écoles de guerre du monde entier. Victoire impériale mais gagnée par les vétérans des guerres révolutionnaires contre les armées austro-russes, celles qui avaient voulu écraser la Révolution Française pendant des années, elle est comme le parachèvement d’une lutte qui a commencé sur les pentes de Valmy en septembre 1792. Pour la première fois, la France s’affirme comme le maître de l’Europe au nom des idéaux qui l’ont rendu ennemie des pays où règnent encore les rois de l’ancien régime. Victoire totale également car rarement une défaite n’aura autant été consommée par une armée qui croyait si fort en sa victoire. Triomphe, victoire, Austerlitz reste présente aussi comme la bataille qui se déroule à la perfection pour l’Empereur qui, dans les jours précédant ce fameux 2 décembre, a tout planifié, tout ordonné, tout fait pour gagner sa bataille. Perfection stratégique et tactique ? On peut le dire ainsi…si ce n’est que, vers 12 heures 30, ce 2 décembre 1805, tout aurait pu basculer dans le sens inverse alors que les fantassins français du maréchal Soult, chargés de s’emparer de la clé du champs de bataille, le plateau de Pratzen, vont voir déboucher, dans quelques minutes, la formidable charge des plus belles unités de cavalerie de l’époque moderne à savoir les régiments de la Garde à cheval la Garde Impériale Russe du Tsar Alexandre Ier….

2 décembre 1805, plaine de Moravie, le soleil d’Austerlitz…

 

« Nous perdrons la bataille ! » s’exclame le prince Bagration. À la lecture de l’ordre de bataille de l’armée austro-russe, dicté par l’officier autrichien Franz von Weyrother qui a cru pouvoir copier les tactiques de Bonaparte en Italie en 1796, les généraux russes expérimentés de l’armée coalisée sont consternés. Pourtant, ce plan est ambitieux : disposant d’une supériorité numérique, 85 000 Austro-Russes contre 73 000 Français, il prévoit que les Coalisés se divisent en cinq colonnes principales qui devront converger depuis la position centrale du plateau de Pratzen pour aller sur leur gauche dans le but d’attaquer les villages de Telnitz et Sokolnitz où l’on suppose que se tient le gros de l’armée française. On essaiera ainsi de tourner l’armée française par sa droite pour l’enserrer dans une masse et l’y détruire. Pendant ce temps, le Prince Bagration devra ‘’distraire’’ les Français sur l’aile gauche tandis que la Garde Impériale du Grand-Duc Constantin (~10 000 hommes) doit rester en réserve sur le plateau de Pratzen. Le Tsar Alexandre Ier, l’Empereur d’Autriche François II et toute la clique des jeunes officiers russes gravitant autour du Tsar ne peuvent qu’applaudir les dispositions ambitieuses de Weyrother et renvoie à leurs stupides craintes les ‘’vieux’’ généraux de l’armée russe comme Bagration, Alexandre de Langeron le Français émigré et surtout le rusé Mikhail Koutouzov : tous les trois des élèves du génialissime Alexandre Souvorov (mort en 1801), probablement l’un des plus grands chefs de guerre de tous les temps avec Alexandre le Grand et Napoléon lui-même, invaincu en plus de 50 batailles rangées. Ce plan pourrait sembler judicieux et tirant habilement parti des dispositions françaises si seulement Weyrother et les officiers de l’état-major coalisé ne s’étaient pas entièrement trompés sur les intentions de Napoléon. En effet, si celui-ci a effectivement concentré des forces dans le secteur Telnitz-Sokolnitz les jours précédents, il les a depuis retiré en changeant ses plans : Napoléon a, avec son coup d’œil génial, repéré les intentions possibles des Coalisés et les attire dans un piège…
Le plan de Napoléon pour contrer les Coalisés est très simple : pendant que sa droite réduite au maximum sous Davout (divisions Legrand et Friant, cavalerie Margaron) livrera, à un contre trois, un combat retardateur contre la masse principale des Austro-Russes qui croient affronter l’armée principale, sa gauche avec le Vème corps de Lannes devra fixer l’aile droite russe du prince Bagration. Les 7000 cavaliers de la réserve de cavalerie de Murat se tiennent en soutien de Lannes. Pendant ce temps, le IVème corps de Soult (~15 000 h), suivi du Ier corps de Bernadotte et éventuellement de la Garde Impériale, devra crever le centre coalisé en s’emparant du plateau de Pratzen, déserté, pour ensuite se rabattre sur les ailes et les battre séparément. Le plan est génial et tient parfaitement des dispositions coalisés comme si Napoléon avait pu assister en personne au conseil de guerre des Austro-Russes.

Aux premières du jour, la cavalerie de la Garde prend position en retrait : comme prévu, ce sera la réserve n’intervenant que si un grave danger pèse sur l’armée française.
Nous avons d’abord les Chasseurs à cheval de la Garde. Sans conteste, le régiment préféré de Napoléon. Hérités de la compagnie des Guides de l’armée d’Italie, ces hommes donneraient tous leur vie pour Napoléon. Certains l’ont déjà fait comme le capitaine Pierre Daumesnil qui, en Egypte, un jour qu’un boulet fumant ottoman avait roulé jusqu’à Bonaparte, n’avait pas hésité à sauter sur le général en chef pour le couvrir de son corps : les deux en était sortis indemnes. Les officiers de ce corps, prestigieux s’il en est, ont des palmarès à faire envier tous les officiers de l’armée : leur colonel François-Louis de Morland, lorrain de 34 ans, volontaire de la première heure en 1791 et de tous les combats du 11ème chasseurs à cheval dans les guerres de la Révolution, le major Nicolas Dahlmann, 36 ans, encore un lorrain, entré dans l’armée à l’âge de 8 ans, s’illustrant sur le Rhin, les Pyrénées puis en Italie dans les Guides de Bessières et sous le soleil égyptien, Daumesnil donc et tant d’autres qui suivent Bonaparte depuis 1796…
À leurs côtés, peut-être l’unité la plus originale de l’armée napoléonienne, se tiennent 48 Mamelouks, tous des guerriers venant des provinces de l’Empire Ottoman et ayant juré fidélité à Napoléon. Résidus de l’aventure égyptienne de Bonaparte, ces hommes ont davantage un lien personnel avec Napoléon en tant que général conquérant qu’un devoir d’obéissance militaire classique ; pour eux, Napoléon, c’est le Pacha, le seigneur de guerre qu’il faut éblouir par des actions d’éclat sur le terrain…Tout l’Orient est représenté dans cette petite compagnie de 48 cavaliers portant le turban, le pantalon bouffant rouge et armés du sabre courbe et du poignard. Ils viennent de Palestine comme le lieutenant Adballah d’Asbonne ou le lieutenant Jean Renno, un Européen de Saint-Jean d’Acre dont le père a été exécuté par les Ottomans, de Mésopotamie comme Mustapha Bagdoune, l’ancien janissaire de Bagdad, de Syrie comme Joseph Souhoubé ou Soliman Sarage le Druze, d’Egypte comme Angély Anastaci du Caire, Antoine Alabi, le Copte de Haute-Egypte, du Soudan noir comme Ali, le natif du Darfour ou Idriss Joarie l’Abyssinien, d’Arménie comme Ouanis, Mirza dit le petit, Tunis tous trois originaires de Chouchi dans les premiers contreforts enneigés du Caucase ou de Géorgie comme les frères Azaria, ou comme le lieutenant Jean Chahin, déjà vétéran de l’Egypte où il a été laissé pour mort avec 35 blessures face aux Ottomans…
Enfin, on trouve les Grenadiers à cheval, les Immortels de l’armée. Commandés par le général Michel Ordener, un briscard lorrain de 50 ans, avec déjà 33 ans de service, s’étant distingué dans dix campagnes dans les armées révolutionnaires et ayant la particularité de parler davantage le dialecte lorrain que le français, ils forment la garde du chef de l’État français depuis 1795. Ayant connu le Directoire, le Consulat puis l’Empire, les Grenadiers à cheval ont toujours soutenu leur réputation de loyauté et de fidélité. D’ailleurs, dès la première campagne de Bonaparte comme chef de l’Etat en 1800, les Grenadiers à cheval ont démontré toute leur valeur lors de la bataille de Marengo où leur charge foudroyante en fin de journée décide la bataille. Ces derniers ont copieusement passé la veille le 1er décembre. En effet, après avoir trouvé une douzaine de gros cochons, ils se les sont partagés avec les Grenadiers à pied de la Garde sur ordre de l’Empereur.
Le maréchal Jean-Baptiste Bessières commande cette cavalerie d’élite. Âgé de 37 ans, c’est un des plus jeunes maréchaux de la promotion 1804. Fils d’un chirurgien-barbier du Quercy, il a gravi tous les échelons de la hiérarchie militaire à la pointe de son sabre et en 1796 sa rencontre avec Bonaparte est décisive : nommé commandant des Guides du général en chef, il occupe de fait un poste privilégié qu’il honore à de multiples reprises notamment en Egypte. Devenu naturellement chef de la Garde des Consuls en 1800, il joue un rôle clé dans la victoire de Marengo en lançant justement la charge décisive des Grenadiers à cheval sur les colonnes autrichiennes qui se croyaient déjà victorieuses…

La manœuvre géniale marche : Soult s’empare du plateau de Pratzen !

 

Dès les premières lueurs de ce fameux soleil d’Austerlitz, la bataille s’engage, comme prévu par Napoléon, sur son flanc droit. Les ordres de Napoléon sont simples : « Il faut que dans une demi-heure, la ligne entière soit en feu ! »
Comme prévu par les deux camps, les 6000 Autrichiens de Kienmayer se lancent contre les fantassins de Legrand et les cavaliers de Margaron près du village de Telnitz tandis que la Ière colonne russe de Dokhtourov s’approche…Il est déjà près de 9 heures et de violents combats s’engagent entre les 13 000 Russes de Dokhtourov et les 6500 fantassins de Legrand qui ont fortifié Telnitz et se défendent déjà à un contre trois…Un peu avant 10 heures, le nombre des Russes l’emporte et Telnitz tombe. Seulement les Russes veulent attendre l’arrivée de la seconde colonne des 11500 hommes du général de Langeron avant de continuer plus loin…Celui-ci a entamé son mouvement vers la droite française dès 8 heures du matin mais il est ralenti par plusieurs ruisseaux avant de buter contre les premiers postes français protégeant le village de Sokolnitz…Les Français en profitent alors pour contre-attaquer dans le brouillard et le givre : Davout vient d’arriver avec la division Friant (qui a marché plus de 70 km en deux jours pour arriver à temps !) et une division de dragons soit un peu plus de 5000 fantassins et 1500 sabres contre près de 20 000 Austro-Russes ! L’attaque à la baïonnette réussit pourtant et les Français reprennent Telnitz vers 10h30…Néanmoins le succès français ne peut être exploité et à travers le brouillard, les fantassins de Davout se font surprendre par la cavalerie autrichienne et un retour en force des Russes qui reprennent Telnitz peu avant 11 heures.
Pendant ce temps, la IIIème colonne russe, 7700 hommes aux ordres du général Przebyszewski, est également descendue du plateau aux premières heures du jour : très vite, les Russes se heurtent aux Français défendant le château de Sokolnitz (détachements de Legrand) et s’en emparent au prix, toutefois, de très lourdes pertes…
Ainsi, vers midi, la situation s’est stabilisé sur le flanc droit français : le général Buxhoveden, commandant les trois premières colonnes russes, s’est solidement installé à Telnitz et se contente à présent d’un combat de tirailleurs contre les rescapés des divisions Friant et Legrand…

Pendant ce temps, sur l’aile gauche française, les maréchaux Lannes et Murat mènent contre le Prince Bagration un affrontement presque séparé de la bataille principale. De très violents combats ont lieu, la cavalerie française est malmenée par les Russes puis prend sa revanche, les fantassins avancent puis reculent, se forment en carré dans la plaine puis progressent en colonnes…Jusqu’à 13 heures, le statu quo est quasiment conservé sur cette portion du champ de bataille mais l’essentiel est préservé pour Napoléon puisque Bagration ne pourra tourner la gauche française.
Le prince de Liechtenstein, qui devait soutenir Bagration avec la réserve de cavalerie austro-russe, plus d’une trentaine d’escadrons, plus de 4000 cavaliers, a pris du retard en butant sur une colonne russe et ne va occuper son emplacement que tardivement dans la matinée…Un espace s’est créé dans la ligne austro-russe. Le prince autrichien essaye bien, vers 9 heures, de se rattraper en menant de très belles charges contre les fantassins de Lannes et les cavaliers légers de Murat mais malgré quelques succès initiaux, lanciers russes et cuirassiers autrichiens sont refoulés en désordre vers 10 heures…

 

Il ne reste plus qu’à voir ce qui se passe au centre, sur le plateau de Pratzen, pour savoir si tout se déroule comme l’avait prévu Napoléon. Force est de voir que le rusé Koutouzov a bien failli tout faire échouer. En effet, celui-ci, qui voit bien toute la faiblesse du plan de l’état-major coalisé, refuse de dégarnir le plateau et fait exprès de ralentir les mouvements des colonnes qui en descendent…Ainsi, à 9 heures, la IVème colonne austro-russe n’a toujours pas bougé à cause des agissements de Koutouzov pour ralentir la marche de ces 16 000 Austro-Russes aux ordres des généraux Miloradovitch (russe) et Kollowrath (autrichien). Le Tsar Alexandre Ier, passablement énervé, vient le voir pour le tancer : « Koutouzov, pensez-vous qu’il soit une journée à faire manœuvrer les troupes comme à la parade ? » « Sire, c’est justement car nous sommes une journée comme aujourd’hui que j’agis ainsi… »
L’avant-garde russe de Miloradovitch se met finalement en marche après 9 heures 30 pour descendre du plateau dans la brume...
Dans le même temps, le maréchal Soult a enfin reçu l’ordre de Napoléon de s’avancer vers Pratzen : Napoléon a vu suffisamment de troupes austro-russes converger vers sa droite pour estimer le centre dégarni. Cela fait plusieurs dizaines de minutes que Soult s’impatiente auprès de Napoléon : est-ce le moment Sire ? Non, j’attends que les Russes quittent davantage le plateau est la réponse jusqu’à environ 9 heures…Et puis « Soult ! Combien vous faut-il pour couronner le plateau ? » « Sire, c’est l’affaire de 10 minutes ! » « Très bien, partez dans un quart d’heure ! » Soult est enchanté et s’en retourne à ses deux divisions, celles de Vandamme et de Saint-Hilaire, pour annoncer la nouvelle : que les hommes se tiennent prêts ! Environ 15 000 Français, soutenus par les 11 000 de Bernadotte en seconde ligne, se mettent en marche : direction le Pratzen !

Ces deux divisions comptent parmi les meilleures de l’armée et sont menées par deux hommes qui auraient pu (dû) devenir maréchal de France : un boulet autrichien en 1809 en priva Saint-Hilaire et sa forte tête en privera constamment Vandamme, considéré, à juste titre, comme l’une des plus grandes têtes brûlées de la galerie des généraux du Premier Empire. Mais en ce 2 décembre, ces deux généraux sont au sommet de leur art et ils vont le prouver. La marche des Français commence rapidement sitôt le quart d’heure passé et moins de 10 minutes plus tard, les divisions Saint-Hilaire et Vandamme gravissent les pentes du Pratzen…le brouillard ne se dissipant que progressivement, les Français ne voient pas encore que les Russes de Miloradovitch se trouvent, désormais, à quelques centaines de mètres…

 

Le choc a lieu dès la sortie du village de Pratzen : complètement surpris et en infériorité numérique, le régiment russe de Novgorod est décimé en quelques minutes et celui qui le suivait est obligé de retraiter précipitamment sous les yeux même du Tsar Alexandre Ier qui tente vainement de le rallier personnellement…Une autre bataille vient de commencer pour les Austro-Russes qui se rendent compte, peu à peu, que la majeure partie de l’armée française se dirige sur le point le plus dégarni de leur ligne…Mais tout cela prend du temps, les communications avec les ailes sont rompues et pendant cela, les troupes de Soult progressent toujours, imperturbables…Le Tsar et l’Empereur d’Autriche, témoins de ce désastre annoncé en arrière du plateau, sont désemparés et ne savent plus que faire…Le génial plan de Weyrother vient de voler en éclat !
Le général russe Miloradovitch essaye bien de contre-attaquer avec les régiments de Petite-Russie et de Smolensk mais rien n’y fait…Koutouzov, revenu en catastrophe là où il savait bien qu’auraient lieu les problèmes, est subitement blessé d’une balle en plein visage et doit être soigné de toute urgence par le médecin personnel du Tsar envoyé directement par celui-ci…Koutouzov lui répond alors : « Dites au Tsar que ma blessure n’est pas dangereuse mais en voilà une qui est mortelle » en désignant les colonnes de Soult en marche…
Koutouzov essaye néanmoins de conserver son poste et donne des ordres désespérés à ses hommes qui fuient autour de lui…Plusieurs généraux ont déjà été tués, le beau-fils de Koutouzov, le comte germano-balte Ferdinand von Tiesenhausen, 33 ans, qui essayait de ramener un bataillon en ligne en agitant son drapeau, est mortellement blessé et s’effondre enroulé dans le drapeau…Leon Tolstoï se servira de lui pour créer son personnage du Prince André Bolkonski dans Guerre et Paix…Les Russes de Miloradovitch se font hacher sur place tandis que les Autrichiens qui suivaient se voient fauchés par la mitraille des batteries qui accompagnent Soult sur le plateau…C’est la déroute la plus totale et les deux empereurs de Russie et d’Autriche, ne pouvant rappeler leurs troupes des ailes, assistent impuissants à cette terrible débâcle. En désespoir de cause, le Tsar ordonne alors à Miloradovitch de rétrograder en arrière vers le château d’Austerlitz. Koutouzov n’a pourtant pas dit son dernier mot et cherche de nouvelles troupes pour éviter un envahissement total du plateau : le comte Kamenski (IIème colonne de Langeron) qui allait descendre vers Sokolnitz, avec les 4000 hommes de sa brigade, ayant entendu le canon sur le plateau, est remonté précipitamment en direction de Pratzen se heurtant à l’aile droite de Soult…Ses deux régiments se font déborder…Koutouzov arrive et remotive les hommes…qui repartent, soutenus par les dragons de Saint-Pétersbourg et quelques cosaques…nouvel échec…le prince Volkonski, aide de camp et proche ami du Tsar, arrive alors, s’empare d’un drapeau et relance l’assaut, soutenus par les rescapés de Miloradovitch…Cette fois, les Russes se reprennent avec vigueur et les régiments de Kamenski et Volkonski font pleuvoir un déluge de feu sur la tête de colonne de la division Saint-Hilaire qui essaye, tant bien que mal, de se maintenir en position…Le général Saint-Hilaire, réunissant ses officiers, pense un moment rétrograder pour organiser une meilleure défense avec ses 6000 hommes éparpillés sur les pentes du plateau mais alors survient le colonel Pouzet du 10ème léger qui lance : « Nous retirer mon général…Si nous faisons un pas en arrière, nous sommes perdus. Nous n’avons qu’un moyen de sortir d’ici avec honneur, c’est de foncer tête baissée sur tout ce qui fera face et par-dessus-tout, de ne pas laisser à l’ennemi le temps de nous compter ! » Bravo ! s’écrient Saint-Hilaire et les officiers et les Français repartent à l’offensive, 10ème léger en tête ! La colonne de Kamenski et Volkonski est, une fois de plus, mise en déroute ! Mais les Russes ne désarment toujours pas et Volkonski regroupant les survivants, repart pour un troisième attaque…Encore un échec face à Saint-Hilaire…la brigade Kamenski doit retraiter avec de très lourdes pertes…Alors que cette dernière recule, le général de Langeron, alerté par son brigadier Kamenski, ayant décidé de tout de même voir ce qui se passait sur le plateau, arrive avec un seul de ses régiments, celui de Koursk, au beau milieu des colonnes françaises…En quelques minutes, le régiment de Koursk est anéanti et perd près de 1600 hommes…c’est un carnage…Les Russes viennent de perdre le plateau…

Les Russes réagissent : l’attaque de la Garde Impériale Russe

Le grenadier de la Garde Impériale Jean-Roch Coignet raconte : « Toute la garde de l’empereur de Russie était sur cette hauteur ».
 

Aux premières heures du combat, le Grand-Duc Constantin et la Garde Impériale russe se portèrent près du village de Blasowitz en arrière de Pratzen pour assurer le rôle de réserve. Personne ne pense encore qu’il va falloir intervenir dans cette bataille gagnée d’avance pour beaucoup d’officiers russes notamment dans la Garde Impériale. Le corps de cavalerie du prince de Liechtenstein est censé offrir une couverture à la Garde qui doit servir uniquement en échelon de soutien au centre de la position.
Trois lignes sont formés par la Garde Impériale russe : la première est composée des deux plus vieux régiments de l’armée, Preobrajenski et Semenovski. En seconde ligne, les chasseurs à pied de la Garde et le régiment Ismailovski. Chaque ligne est soutenue par une petite batterie d’artillerie. En troisième ligne se trouve la cavalerie sous les ordres du courageux mais assez expérimenté général Alexeï Kologrivov (1774-1825) : hussards de la Garde et Garde à cheval aux ordres du général Yankovitch puis viennent les Chevaliers-Gardes commandés par le général Nikolai Dépréradovitch. Formés en 1724 pour la garde de l’Empereur Pierre le Grand, cette garde noble n’a jamais combattu en bataille rangée en 80 ans d’existence. C’est dire si l’appétit de tous ces jeunes loups de la plus haute noblesse de Russie est aiguisé en cette journée où ils se trouvent sous les yeux mêmes du Tsar Alexandre. Ils sont les meilleurs, ils en sont persuadés. Beaucoup ont également la particularité d’être des compagnons de route du Tsar notamment dans le fait de l’avoir aidé dans la conspiration ayant mené à l’assassinat de son père, le Tsar Paul Ier, en 1800. Leur commandant Nikolai Dépréradovitch, d’ascendance serbe, un vétéran de 15 ans de guerre contre les Turcs et les Polonais, est un vieux briscard mais doit certainement son poste à sa participation active au complot contre Paul Ier. Les officiers du régiment ont tous des parcours digne de figurer dans une œuvre de Léon Tolstoï ou de Fiodor Dostoïevski: ainsi du Prince Nikolai Repnine-Volkonsky commandant le 4ème escadron, 33 ans, grand seigneur prodigue propriétaire d’immenses terres et de plus de 16 000 paysans serfs, ainsi des frères Loevenvolde, Karl Friedrich, 26 ans et Casimir-Charles, 25 ans, issus d’une famille de chevaliers baltes installée au XIIème siècle en Estonie, ainsi de Alexandre Davydov, commandant du 5ème escadron, 32 ans et petit-fils du célèbre prince amant de la Grande Catherine Grigori Potemkine, ainsi du capitaine Vladimir Borozdin, fils de sénateur et issu d’une des plus vieilles familles de Russie, ainsi du lieutenant comte Piotr Apraskin, fils du contrôleur général du Collège Militaire de Russie, ainsi du cornette Alexandre Ayahontov, 19 ans, de la vieille noblesse de l’antique République médiévale de Pskov, le comte Alexandre Chernychev, 19 ans et qui ressemble étrangement à son arrière-grand-père présumé, le Tsar Pierre le Grand en personne…Contrairement aux 700 Chevaliers-Gardes, les 850 Gardes à cheval, existant depuis 1730, commandés par le colonel Olénine, sont tous d’extraction roturière : fils de paysan, de cosaques ou d’employés civils…Enfin derrière les Chevaliers-Garde et Gardes à cheval se trouvent les Cosaques de la Garde et les Grenadiers à pied de la Garde, réserves ultimes.

 

Vers 10 heures, les chasseurs à pied de la Garde et un bataillon d’Ismailovski, envoyés à Blazowitz, sont engagés très violemment par l’une des divisions du Vème corps de Lannes, celle de Caffarelli : celle-ci s’empare du village et repousse les Russes qui doivent retraiter…on ne les verra plus…
Pendant ce temps, le gros de la Garde Russe, ne se doutant absolument pas de ce qui se passe à Blazowitz ou sur le Pratzen, attend : les troupiers de la Garde russe regardent au loin ce qu’ils pensent être la masse des cavaliers du prince de Liechtenstein censée les couvrir. C’est alors qu’une file entière du régiment Preobrajenski est fauchée par un boulet français : on se regarde avec fureur, ce ne sont pas les Autrichiens en face mais les Français qui avancent ! Catastrophe ! Le grand-duc Constantin, qui a servi quelques mois sous le grand Souvorov, essaye de mettre à profit ses enseignements et prend quelques mesures pour parer au plus pressé : il envoie un message d’alerte à Bagration, son ami, pour qu’ils lient leurs troupes : Bagration qui a fort à faire avec Murat et Lannes lui dit d’attendre…wait and see…Nous sommes près de midi et le désastre coalisé se consomme au centre découvrant la Garde Impériale russe comme dernière force organisée sur le plateau…Le Grand-Duc Constantin se trouve désormais seul avec une Garde à pied amoindrie et la Garde à cheval, seulement 6 bataillons et 10 escadrons, environ 7000 hommes, pour affronter les Français victorieux sur tous les points. Le frère cadet du Tsar ne veut pourtant pas abandonner la partie et pense qu’il peut réparer le mal fait au centre coalisée : qui sait si les ailes austro-russes ne sont pas victorieuses et si de son mouvement dépend peut-être la victoire finale ? Aussi, fait-il une marche de flanc risquée pour venir affronter les Français en se portant sur la partie sud du plateau, détachant de nombreux tirailleurs pour éclairer sa marche…Les Français ne sont pas loin…

Les fantassins français se font tailler en pièces par la Garde de Russie !

Alors que la Garde Impériale Russe effectue ses mouvements, les deux divisions de Soult sont dirigées par Napoléon sur le bord sud du plateau pour commencer à effectuer le mouvement tournant visant à anéantir les trois premières colonnes russes. Pour combler le trou sur le plateau et y remplacer Soult, Bernadotte est censé venir avec ses deux divisions, Drouet d’Erlon et Rivaud mais ce dernier tergiverse, s’effraie de voir des masses de cavalerie coalisée au loin et ne cesse de réclamer des renforts de cavalerie à Napoléon…la tension entre ces deux hommes qui se détestent ne cesse de prendre de l’ampleur et la mauvaise volonté de Bernadotte fait que Napoléon, conscient du danger à laisser le Pratzen dégarni, envoie dans l’espace que Bernadotte doit occuper, la cavalerie de la Garde de Bessières soutenue par une batterie d’artillerie. En principe, cette brigade d’élite ne devra pas intervenir mais c’est là tout ce que Napoléon a sous la main : il ne va tout de même envoyer la Garde à pied ! Et puis les cavaliers sont forcément plus rapides…

 

Alors que les cavaliers de Bessières se mettent en marche, les bataillons russes de Constantin, obliquant dans leur marche à gauche, tombent nez-à-nez avec une brigade d’infanterie française en train de converser à droite pour entamer la descente vers Telnitz et Sokolnitz. Il s’agit de la brigade Schiner avec le 4ème de ligne et le 24ème léger, environ 2800 hommes. La surprise est totale pour les Français qui voient déboucher cette masse russe chargeant avec fureur à la baïonnette ! Les imposants soldats de la Garde russe se précipitent sur les Français avec la rage du désespoir venant s’enfoncer telle une flèche dans le flanc de la brigade Schiner…les Français tentent de résister mais la désorganisation s’installe…Les Russes de Preobrajenski et Semenovski, partis dans une course de plus de 300 mètres, sont pourtant repoussés par une violente fusillade…le combat devient sanglant…un bataillon du 4ème de ligne essaye de se déployer pour former le carré mais sortant de vignes, il est pris pour cible par trois canons russes qui le couvrent de mitraille…et c’est alors que surgissent les cavaliers de la 1ère brigade de la Garde Impériale russe, hussards et gardes à cheval du général Yankovitch ! Une première charge est repoussée in extremis mais une seconde charge, alors que les fantassins n’ont pas eu le temps de recharger, sème la panique…Pour soulager ses fantassins, le colonel Olenine lance alors deux escadrons des Gardes à cheval qui prennent pour cible le bataillon du 4ème de ligne qui tentait de résister…n’arrivant pas à former le carré, les Français sont littéralement renversés…éparpillés, les infortunés fantassins du 4ème de ligne se mettent à courir en tous sens pour éviter le sabre des cavaliers russes…Très vite, l’aigle du 4ème est prise pour cible…C’est là qu’à lieu un des épisodes marquants de la bataille. Rapidement repérée, l’aigle devient l’objet d’une lutte terrible : le porte-drapeau, frappé à mort dans la cohue par le lieutenant des Gardes à cheval Khmelev, fait tomber l’aigle à terre…sautant promptement de son cheval, le simple soldat Gavrilov s’en empare alors…Cet Ukrainien de 1m84, 31 ans, se voit alors assailli par plusieurs Français qui le chargent à la baïonnette… il a tout juste le temps de la donner à son camarade Ilya Omeltchenko qui, à cheval, arrive au galop…Gavrilov s’effondre percé de baïonnettes…Un Français a presque le temps de reprendre le drapeau…il est tué sur le champ par une balle…
Le sergent porte-aigle Prevost Saint-Cyr se précipite pour sauver l’aigle, s’y agrippe de toutes ses forces mais Omeltchenko qui reçoit bientôt le soutien des Gardes Fédor Ouchakov et Zakharie Lasounov résiste comme un diable… Omeltchenko, 27 ans, fils de cosaque zaporogue d’Ukraine et mesurant 1m64, est aussi agile que coriace sur son cheval qu’il maitrise à la perfection…Parant les coups d’un côtés, il défend l’aigle de l’autre tout en tenant ses rênes…Pendant ce temps, Lasounov et Ouchakov hachent littéralement de coups de sabre le pauvre Saint-Cyr qui s’effondre vaincu par plus de 12 coups de sabre…Certains soldats français essayent encore de sauver le drapeau mais ils se trouvent fauchés par les balles et la mitraille et les trois Gardes à cheval peuvent revenir vers leurs lignes avec le précieux trophée…
Autour de l’aigle, les fantassins du 4ème de ligne se font sabrer par dizaines : près de 200 sont perdus, le major du bataillon du 4ème de ligne a reçu plus de 20 coups de sabre, le reste des hommes essayant de trouver un salut dans la fuite…Le général Schiner, en désespoir de cause, essaye de positionner le bataillon du 24ème léger mais celui-ci est balayé à son tour par la terrible charge des cavaliers russes…La situation devient grave…En effet, alors que la brigade Schiner se disloque, c’est tout le mouvement génial de Napoléon qui se trouve menacé puisque les deux divisons de Soult, menacées d’être attaquées de revers par la Garde Impériale Russe et de front par les colonnes russes du sud, pourraient vite passer du statut de prédateurs à celui de proies.

 

Napoléon, toujours sur son petit monticule, observe la progression de ses troupes et voit soudain plusieurs centaines de fantassins en train de revenir du plateau de Pratzen…De loin, des cris de Vive l’Empereur ! se font entendre et le maréchal Berthier, toujours au plus près de Napoléon, s’exclame alors : « Ah voyez Sire, quelle foule de prisonniers on vous amène ! » Napoléon le croit un instant mais un instant bref car il faut bien se rendre à l’évidence : cette foule n’est que française et il s’agit de de fantassins en déroute cherchant le salut de la fuite ! Passant devant Napoléon, les fantassins désemparés crient encore Vive l’Empereur ! mais rien ne peut les ramener…  « Laissez-les aller… » s’exclame l’Empereur avec mépris…Il a autre chose à faire. En effet, Napoléon, comprenant le danger qui pèse sur son succès qu’il croyait acquis, crie : « Rapp ! » L’aide de camp alsacien de l’Empereur, Jean Rapp, 34 ans, l’homme aux multiples blessures et qui vénère Napoléon, reçoit une mission simple : aller trouver Bessières, le chef de la cavalerie de la Garde Impériale, pour qu’ils arrêtent la progression russe avec les 1100 sabres d’élite de la cavalerie de la Garde.

« Je crois que nous allons avoir une affaire de cavalerie ! »

 

Du haut de son petit tertre, le maréchal Bessières voit ce triste spectacle de l’infanterie française en train de fuir précipitamment vers l’arrière. Ne perdant pas son calme et se tournant vers son aide de camp, le chef d’escadron piémontais Cesare de Laville, il lui dit alors : « Je crois que nous allons avoir à une affaire de cavalerie ». Avec son œil expérimenté, Bessières a, en effet, compris que les fantassins français ne peuvent être poursuivis que par de la cavalerie car ils ne cessent de se retourner pour voir s’ils vont être rattrapés : on agit pas ainsi lorsque l’on est poursuivi par de l’infanterie. Il donne alors immédiatement ses ordres pour que la cavalerie de la Garde se tiennent prête. Pour des hommes pareils, quelques minutes, secondes même suffisent à se mettre en place. Morland, Dahlmann, Delaître, le major des Mamelouks et Ordener reçoivent leurs ordres et alignent leurs hommes. Quelques instants plus tard, l’ordre de Napoléon tombe : ce sera à la Garde de charger pour réparer les torts faits à l’infanterie. Bessières, confirmé dans ses dispositions, voit alors venir à lui Rapp à brides abattues.
À la suite de Rapp, arrive en ordre parfait le 5ème escadron des Grenadiers à cheval de la Garde du chef d’escadron Louis Clément : cet escadron servait en réserve auprès de l’Empereur car il est composé de vélites à savoir des jeunes fils de bonne famille qui n’ont pas encore fini leur instruction militaire. L’escadron des Vélites des Chasseurs à cheval de la Garde reste, lui, comme escorte de Napoléon.
Rapp, qui a commandé les Mamelouks pendant quelques mois en 1803, va vite retrouver ses anciens hommes car il sait qu’il peut compter sur leur furie. Il avise ensuite le colonel Morland avec ses deux escadrons de chasseurs à cheval : à lui de le suivre ! Le major Dahlmann amène ses deux autres escadrons de chasseurs à cheval et les place en soutien de la première ligne. De tels hommes savent qu’il ne sert à rien de charger à fond en même temps mais qu’il faut toujours garder plusieurs échelons dans une charge.
En troisième ligne, arrivent les Grenadiers à cheval du général Michel Ordener ; là encore, on respecte la disposition en échelon puisque trois escadrons se disposent en ligne tandis que le 1er escadron reste en réserve pour soutenir les trois autres : un grand noble italien de 29 ans le mène, c’est le prince Francesco-Aldobrandini Borghèse, le frère du mari de Pauline Bonaparte, la sœur de l’Empereur.
Rapp décrit la situation lorsqu’il arrive, à la tête des Mamelouks, là où la brigade Schiner s’est faite taillée en pièces par les Russes : « Je partis au galop, et n’étais pas à une portée de canon que j’aperçus le désastre. La cavalerie était au milieu de nos carrés, et sabrait nos soldats. Un peu en arrière, nous discernions les masses à pied et à cheval qui formaient la réserve. » Rapp et les cavaliers de la Garde seront soutenus par plusieurs batteries d’artillerie notamment 16 pièces de l’artillerie à cheval de la Garde Impériale sous les ordres du général Doguereau qui se mettent en batterie très rapidement à la suite des cavaliers de la Garde.
Le général Rapp lance alors aux Mamelouks : « Voyez-vous, nos frères, nos amis qu’on foule à nos pieds : vengeons-les ! vengeons nos drapeaux ! » Ces derniers ne se font pas prier et font caracoler les chevaux en signe d’impatience ! Rapp avise alors Morland et Dahlmann sur ses flancs pour s’assurer qu’ils le suivront bien avec leurs chasseurs à cheval…La charge est lancée !

« Faisons pleurer les dames de Saint-Pétersbourg ! »

 

Le général Kologrivov voit bien qu’une masse de cavaliers va fondre sur lui. Précipitamment, il donne ses ordres pour recevoir la charge française : il aligne les Gardes à cheval et les Hussards de la Garde sur une même ligne pour créer un comité de réception digne des adversaires. Prise de risque chevaleresque certes mais inconsciente des réalités de la guerre pour cet inexpérimenté général de 29 ans. En effet, Rapp qui a bien vu la prise de risque, presque de débutant, du général russe, décide de resserrer les rangs et de charger à fond : les escadrons français, avec à leur tête, les Mamelouks, viennent ainsi se planter dans la ligne russe comme une flèche…Sous le choc, le premier rang des Russes est littéralement renversé par la fureur des hommes de Rapp et de Morland…Gardes à cheval et Hussards, empêtrés dans leur propre cohue, n’arrivent plus à manœuvrer, si bien que la première ligne retraitant en pagaille, les autres se mettent en déroute avant même que les cavaliers français ne les aient atteint…Le succès est total. Ce succès ne va pourtant pas sans un très violent combat de cavalerie au corps-à-corps…Ainsi, le capitaine Pierre Daumesnil se voit pris à parti par plus d’une douzaine de Gardes à cheval dans un combat singulier déséquilibré : il semble perdu lorsque le trompette-major du régiment, Elie Krettly, se précipite à son secours et parvient à le dégager donnant autant de coups de sabre que possible et en recevant d’autant…Krettly : « J’étais moulu et couvert de sang mais avec mon corps de fer, ce n’était pas assez pour m’empêcher de continuer ma route avec le colonel [capitaine] que je venais de sauver. »
Un succès français augmenté par le très bon appui donné par les batteries d’artillerie française en soutien et auxquelles les Russes ne peuvent répondre car la seule batterie d’artillerie à cheval qui accompagnait Kologrivov, celle du capitaine Kostenetsky, s’est retrouvée dans des vignes et ne peut apporter son soutien aux cavaliers russes. Les Hussards de la Garde russe ne sont pas plus heureux contre les Français que les Gardes à cheval : trois escadrons ne peuvent s’opposer et sont mis en fuite tandis que les deux suivants arrivant à engager le combat avec les Français ne peuvent tenir que quelques minutes…Les Hussards de la Garde permettent néanmoins à la batterie attelée de Kostenetsky de sortir des vignes pour venir se mettre en batterie…Mais les Mamelouks ne laissent pas le temps aux Russes de charger les pièces et se jettent sur eux ! Kostenetsky, véritable force de la nature et surnommé Hercule dans l’armée russe va alors les affronter au sabre, un seul soldat l’accompagnant…Il arrive, pourtant, à gagner le temps suffisant pour faire retraiter deux canons en sécurité avant de se retirer…Il reviendra ensuite pour reprendre deux autres de ses pièces !

 

La cavalerie de Rapp se porte alors maintenant à la rencontre de l’infanterie de la Garde russe : un autre type de combat ! En effet, les deux régiments, Preobrajenski et Semenovski, sont solidement installés, le premier dans un vignoble sur le flanc droit, le second à découvert mais en carré sur le flanc gauche. De plus, la batterie d’artillerie du général Kasperski avec ses six pièces légères s’est disposée en soutien immédiat entre les intervalles des lignes d’infanterie.
Le trompette-major Krettly, qui ne contient plus son excitation, se porte, avec les trompettes du régiment, près du carré des Semenovski mais c’est alors qu’il repère la batterie de Kasperski, masquée pour ses camarades qui arrivent de front…Vite, Krettly fait faire demi-tour à ses trompettes et court prévenir le colonel Morland avant que celui-ci ne fasse partir la charge de l’escadron…  « Oh bah, vous perdez la tête ! » répond sèchement Morland à Krettly qui essaye de l’alerter sur les dangers de cette charge… « Non, colonel, je ne la perds et si vous faites votre charge dans cette direction, vous risquez beaucoup ! » « Laissez-moi continuer mes opérations ! » lui répond alors Morland avec mépris…
La charge se lance donc mais les fantassins et artilleurs russes ont préparé le comité de réaction : alors que les cavaliers français se précipitent sur les pièces de Kasperski et les rangées de baïonnettes des gardes russes, les déflagrations de balles et de mitraille partent, fauchant aussi bien hommes et chevaux…Parmi les premiers à tomber, le colonel François-Louis de Morland mortellement atteint par un biscaïen, une volée de mitraille partie des quatre canons de Kasperski…D’autres sont tués à ses côtés, comme l’adjudant-major Therwey des Chasseurs à cheval, nombreux sont les blessés, Kasperski dirige habilement son feu…Le combat n’en est pas moins violent avec les fantassins même…Ainsi, chez les Mamelouks qui s’acharnent sur le régiment Preobrajenski dans les vignes : Ouanis l’Arménien est blessé d’un coup de feu à la tête, le lieutenant Jean Chahin reçoit trois coups de baïonnette, son collègue syrien Daoud Habaiby, prend un mauvais coup de baïonnette à l’aine gauche tandis que le lieutenant Jean Renno est également atteint de deux coups de baïonnette…Mais tous continuent malgré les blessures…
L’infanterie de la Garde Impériale russe qui n’a pu réellement être entamée alors son repli vers l’arrière : objectif un petit village à 1.5 km en arrière du plateau et protégé des Français par un petit ruisseau, le Raussnitz. Cette retraite ne s’effectue pas sans mal : en effet, presque encore plus dangereux que les cavaliers français, les fantassins de la division Drouet d’Erlon du Ier corps de Bernadotte s’avancent sur les flancs des Russes pour effectuer une très intense fusillade en tirailleurs. On trouve là l’avant-garde du général Frère avec le 27ème léger (2000 h) immédiatement suivie des quelques 3700 hommes de la brigade du belge Werlé avec les 94ème et 95ème de ligne.
Un épisode illustre bien la ténacité des Russes durant cette retraite. Le jeune sous-lieutenant Nikolai Demidov, responsable d’une pièce de la batterie Kasperski, voit son canon rompre ses attaches et être immobilisé…Voyant qu’il va tomber aux mains des Français, Demidov ne peut se résoudre à le laisser et reste à ses côtés avec deux artilleurs…Les Mamelouks du lieutenant Jean Chahin arrivent sur lui, il fait tirer une dernière fois la pièce et se voit finalement, contraint à se rendre.

 

Un autre combat attend maintenant la cavalerie de la Garde Française. En effet, voyant le mauvais tour que prennent les choses, le général Dépréradovitch, commandant des Chevaliers-Gardes, vient de faire avancer les quelques 700 cavaliers de la plus prestigieuse unité de Russie pour aller à la rencontre des Français…Le moment qu’attendaient les Chevaliers-Gardes vient enfin de sonner…De leur côté, les Français ne sont pas moins enthousiastes et se ruent à la charge au cri de : « Faisons pleurer les dames de Saint-Pétersbourg ! » en référence au caractère mondain du régiment des Chevaliers-Gardes…

 

Un combat de titans !

 

Les Chevaliers-Gardes débouchent à toute vitesse alors que Rapp relance la charge avec violence : le choc est épouvantable ! Le 4ème escadron du Prince Repnin est le premier à se lancer dans la mêlée qui, en quelques secondes, devient une cohue informe rappelant davantage les combats antiques du Moyen Age que la guerre moderne. Le chef d’escadron Alexandre Davydov le suit bien vite avec le 5ème escadron. Les autres suivent….On entend les cliquetis des sabres, les bruits des hommes tombant de cheval, les montures qui hennissent en se cabrant…Les Russes n’ont pas reproduit l’erreur de Kologrivov et ont chargé en échelons comme les Français aussi la mêlée est, un moment, indécise…Dans ce combat d’un autre temps, les actions individuelles laissent prennent la place des mouvements d’ensemble…Les Mamelouks sont déchaînés et jouent du sabre oriental avec une dextérité sans égale face aux lourds cavaliers russes : c’est Azaria dit le Grand, c’est Daniel Mirza, les Géorgiens ou encore Soliman, tous trois décorés après la bataille pour leur comportement dans cette bataille, qui viennent tailler des sillons de mort dans les rangs russes…Le maréchal-des-logis des Mamelouk, un Français de Montbéliard, André Mazet s’illustre aussi en combattant à l’orientale avec ses camarades…De l’autre côté, les Russes ne sont pas en reste et les exploits personnels se multiplient…Le capitaine Borozdin, le comte Apraskin se distinguent particulièrement, le capitaine Casimir-Charles Lovenvolde du 3ème escadron est blessé mortellement, le lieutenant Edvokim Davydov, 19 ans, qui, ayant déjà reçu un coup de baïonnette et une blessure par balle, est blessé de cinq coups de sabre et laissé pour mort sur le champs de bataille. Mustapha Bagdoune l’Irakien s’empare d’un drapeau et le serre précieusement en pensant au moment où il va le donner à Napoléon…
Au cœur de la mêlée, Rapp, est un moment en très grand danger : un Chevalier-Garde lui donne un violent coup de sabre sur la tête lui ouvrant une large blessure sur le front. Désorienté et presque aveuglé par son propre sang, Rapp manque d’être tué mais c’est alors que les lieutenants Chahin et Daoud Habaiby font irruption pour sauver Rapp et semer la mort dans les rangs des Russes qui avaient voulu s’en prendre à leur général…
Les Cosaques de la Garde du colonel Piotr Chernozoubov font irruption après quelques minutes de ce terrible combat pour soutenir leurs camarades mais cavaliers légers et n’aimant pas le corps-à-corps avec leurs longues lances, ils se trouvent bien impuissants dans cette mêlée d’autant qu’à présent, quelques 400 Grenadiers à cheval du colonel Ordener viennent se rajouter côté français…En effet, voyant que ce combat prend une tournure aussi violente, Bessières décide de tout terminer en jetant dans la mêlée plusieurs escadrons des Grenadiers à cheval d’Ordener…Ces derniers arrivent comme une muraille vivante sur les Russes et renversent tout sur leur passage…Le combat devient dantesque…Le maréchal Bessières vient d’arriver et observe la mêlée du plus près : c’est alors qu’un officier supérieur des Chevaliers-Gardes, voyant ce général esseulé, essaye d’aller engager le combat avec lui…L’apercevant ainsi en grave danger potentiel, le trompette-major Krettly qui décidément est partout, galope vers Bessières pour lui lancer avec emphase: « Ce n'est point à vous, monseigneur, à faire le coup de sabre, c'est trop peu pour vous d'un pareil adversaire. » La réponse de Bessières est cinglante : « Laisse-moi ! » et il s’éloigne pour surveiller le combat…Krettly qui n’en fait qu’à sa tête, va alors lui-même affronter l’officier russe qui veut se venger de cet homme qui lui a fait perdre l’occasion de capturer un général…Le duel s’engage…provocation du Russe en français dans le texte : « Tape donc, mâtin, si tu en as le courage ! » …Krettly dégaine son sabre…Coup terrible porté par le Russe…Parade de Krettly…Contre-pointe fulgurante de Krettly qui enfonce son sabre dans la poitrine de l’infortuné officier russe…
Les dernières velléités de résistance russe s’effondrent finalement devant les renforts français. Dans les dernières minutes de ce combat terrible, le Prince Repnin, couvert de sang, est, quant à lui, obligé de se rendre ; beaucoup de ces hommes sont contraints de faire de même, un grand nombre git à terre, sans vie…

 

Le général Lobanov arrive alors avec trois bataillons de grenadiers de la Garde russe et permet d’assurer une couverture. Toutes les troupes de Constantin et les rescapés de Miloradovitch peuvent alors repasser le ruisseau pour se reformer… Le capitaine Friedrich-Karl von Lovenvolde assure la retraite des siens avec quelques piquets des Chevaliers-Garde. Les Chevaliers-Gardes auront perdu environ 15 officiers et 200 soldats tués ou blessés. Seuls 18 rescapés du 4ème escadron du Prince Repnin ont pu rejoindre. Pour toute la cavalerie de la Garde russe, on compte plus de 500 hommes perdus. Dans le même temps, la cavalerie de la Garde française n’accuse que des pertes minimes : 24 tués (21 chasseurs à cheval, 1 mamelouk et 1 grenadiers à cheval) et néanmoins une centaine de blessés dont presque une dizaine rien qu’aux Mamelouks (sur les 48 présents). On doit mettre cette disproportion sur le fait qu’en plus du duel de cavalerie au sabre, finalement assez plus spectaculaire que meurtrier, les Russes furent soumis au feu constant de l’artillerie de la Garde Impériale française et des tirailleurs de Drouet d’Erlon.
L’aide de camp de Napoléon, Philippe de Ségur, témoin de la scène, note : « Un rang entier de jeunes et infortunés chevaliers-gardes d’Alexandre, étendus par terre, frappés par devant, couvrait la place où ce terrible choc avait eu lieu. »

 

Epilogue

Napoléon, avec un état-major réduit, attend toujours de savoir l’issue de ce combat…
Il voit soudain revenir vers lui Rapp, l’habit déchiré, la tête en sang et son sabre cassé, suivi par quelques chasseurs à cheval plein de poussière…  « Sire, je me suis permis de prendre vos chasseurs, nous avons renversé, écrasé la Garde russe et pris son artillerie… » « C’est bien Rapp mais tu es blessé ! » « Ce n’est rien Sire, ce n’est qu’une égratignure ! » Derrière Napoléon, les bataillons des Grenadiers de la Garde à pied, l’élite absolue de l’armée et la réserve ultime de l’Empereur, attendent l’arme prête : ils savent qu’en cas d’échec, ce sera à eux de donner, ils en sont fiers et conscients…mais le retour victorieux de Rapp leur fait savoir qu’il n’en sera rien…Jean-Roch Coignet, grenadier de la Garde, assiste de loin à ce combat : « Il y eut une mêlée pendant plusieurs minutes, tout était pêle-mêle, on ne savait qui serait maitre mais nos grenadiers [à cheval] furent vainqueurs et ils revinrent se placer derrière l’Empereur. » Le grenadier Coignet rajoute, presque avec amertume : « On nous avait fait avancer au pas de charge pour soutenir cette lutte ; l’infanterie était derrière cette masse et nous croyions notre tour arrivé, mais ils battirent en retraite dans la vallée des étangs. »

 

Peu à peu, les cavaliers de la Garde reviennent vers Napoléon, amenant avec eux, trophées et prisonniers…Le Prince Repnin augure la longue liste de ces derniers. Parmi eux, se trouve, le lieutenant d’artillerie Demidov qui ne cesse de crier qu’on le mette à mort tellement il ne peut se remettre du déshonneur d’avoir perdu sa pièce et d’être prisonnier…Napoléon, le voyant passer, va vers lui et essaye de le calmer : « Calmez-vous jeune homme et sachez qu’il n’y a jamais de honte à être battu par des Français ! » … Demidov arrête alors de se plaindre…Le Mamelouk Mustapha Bagdoune, serrant précieusement son trophée, vient déposer le drapeau qu’il a conquis devant Napoléon : regardant celui considéré comme son seigneur, il s’excuse auprès de lui de n’avoir pu lui ramener qu’un seul drapeau russe…Comme lui, deux autres cavaliers amènent les drapeaux qu’ils ont conquis sur les Russes. C’est alors qu’un Mamelouk arrive devant Napoléon pour, dans un français approximatif, lui lancer avec grand dépit : « Ah ! Si moi joindre Constantin, moi lui couper tête et moi rapporter à l’Empereur ! » Napoléon, choqué d’une telle proposition, répond alors vivement : « Veux-tu te taire, vilain sauvage ! »….

 

Il est près de 13 heures. Napoléon, désormais solidement maitre du plateau de Pratzen peut maintenant appliquer la seconde partie de son plan à savoir l’écrasement des ailes austro-russes en rabattant ses troupes à partir du centre.
Pour le flanc droit des Coalisés, le prince Bagration menant depuis le matin un combat séparé contre Lannes et Murat, arrive à effectuer une retraite admirable en échelons et peut finalement sauver son corps d’armée d’environ 13 000 hommes. La situation est largement plus catastrophique pour les trois colonnes russes de l’aile gauche coalisée encore plus de 27 000 hommes. En effet, le général de Langeron, resté seul avec l’une de ses brigades, s’est uni aux troupes de Dokhtourov tandis que le général Buxhoveden, commandant tout le flanc droit, met un moment à comprendre que l’impensable s’est produit. Il faut finalement compter sur le quasi-sacrifice de la IIIème colonne du général Przebyszewski pour que l’essentiel des colonnes des restes de colonnes de Langeron et surtout de Dokhtourov arrivent à trouver une voie de retraite à travers la tenaille des divisions de Davout et celles de Soult qui commencent à descendre du plateau. Cela n’aura pas été sans mal et les Russes sont obligés de fuir en catastrophe, abandonnant canons, matériel et drapeaux, 180 pièces et 45 drapeaux sont laissés aux Français…Langeron décrit des scènes terribles où les hommes courent dans tous les sens, où plus aucun officier n’arrive à se faire entendre, où les régiments n’ont plus aucune cohésion…2000 Russes se précipitent sur des étangs gelés au sud pour éviter la capture mais ils ne peuvent rien et sitôt les étangs traversées, ils sont faits prisonniers…Bien peu, moins d’une dizaine, périssent dans les étangs gelés contrairement à une légende tenace… Dès le lendemain, le Tsar repart en Russie écœuré et l’Empereur d’Autriche demandait la paix à tout prix : la France est maitre de l’Europe…

 

Pour finir, nous ne pouvons que terminer par un épisode qui se situe à la fin de la journée d’Austerlitz lorsque Napoléon, fier de son triomphe, voit défiler devant lui l’une des colonnes de prisonniers de l’armée russe. Sachant qu’il se trouve là des Chevaliers-Gardes, Napoléon veut en interroger quelques-uns. S’étant fait présenté au Prince Repnin, il lui fait son compliment sur le comportement de son régiment ce à quoi Repnin répond : « La plus belle récompense pour un soldat est l’approbation d’un grand capitaine ». C’est alors que, regardant les visages juvéniles et encore marqués par l’adolescence de certains Chevaliers-Gardes autour de Repnin, Napoléon demande quel est le jeune homme blessé derrière Repnin…  « Suchtelen, lieutenant dans mon escadron » répond Repnin…  « Il est venu bien jeune se frotter à nous » lance alors Napoléon dans un mélange de moquerie et de mépris…La réponse de Suchtelen, officier de 17 ans à peine, fuse immédiatement « Je suis jeune il est vrai mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années »…Cette réponse de Don Rodrigue dans le Cid de Corneille sidère Napoléon qui ne sait répondre autrement que « Bien répondu jeune homme, vous ferez votre carrière » et d’ordonner ensuite que l’on donne tous les meilleurs soins possibles à ces prisonniers blessés. Le jeune Suchtelen fera effectivement sa carrière : officier durant les guerres contre les Français, les Suédois, les Ottomans en 1807, 1808 et 1810, envoyé militaire à Londres en 1811, présent à la Bérézina, colonel en 1813, conseiller militaire du roi de Suède en 1814, général en 1815, lieutenant-général d’un corps caucasien contre les Perses en 1828, couvert de gloire pour son comportement magistral contre les Turcs en 1829 et finalement gouverneur de la province d’Orenbourg près du Kazakhstan en 1830 où il déploiera une activité intense, productive et prolifique notamment auprès des minorités kazakhs et bachkirs. Il meurt en 1833, emporté à 44 ans par le choléra, regretté de tous…Napoléon avait eu bon nez !

 
 
Raphaël Romeo
 

Bibliographie :

  • Coignet Jean-Roch, Les cahiers du Capitaine Coignet (1799-1815), Paris, 1883.
  • Dupont Marcel, Guides de Bonaparte et Chasseurs à cheval de la Garde, Paris, 1946.
  • Goetz Robert, Austerlitz and the destruction of the Third Coalition, Londres, 2005.
  • Krettly Elie, Souvenirs du capitaine Krettly, ancien trompette-major, Paris, 1839.
  • Lachouque Henry, Napoléon et la Garde Impériale, Paris, 1957.
  • Mikhaïlovski-Danilevski Aleksandr, Relation de la campagne de 1805, Paris, 1846.
  • Rapp Jean, Mémoires du général Rapp aide-de-camp, Paris, 1823.
  • Robin Pierre, Cavaliers de l’Empire, des origines à 1805, Bernard Giovanangeli, 2010.
  • Ségur Philippe de, Mémoires d’un aide de camp de Napoléon, Tome I, Paris, 1894.
  • Thiébault Paul, Mémoires du général baron Thiébault, Paris, 1893.
  • Von Stutterheim Karl, La bataille d’Austerlitz par un militaire témoin de la journée du 2 décembre, Hambourg, 1806.
  • Collectif, Les Mamelouks de la Garde Impériale, Soldats Napoléoniens Hors-Série n°2, Paris, Novembre 2014.

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